C’est l’égalité des Français face à un service médical de proximité et de qualité qui est remise en question par ce problème récurrent dans notre pays. Contrairement aux idées reçues, les zones rurales ou hyper-rurales ne sont plus les seules touchées par ce phénomène. Dans certaines agglomérations, la densité de généralistes par habitant atteint des niveaux anormalement bas. Les conséquences sont extrêmement préjudiciables pour nos concitoyens. Les services de garde ne sont plus assurés sur de nombreux territoires.

Ce phénomène est insupportable. Nous ne pouvons plus l’accepter.

La Commission d’Aménagement du Territoire du Sénat en relation avec la Commission des Affaires sociales a réalisé un diagnostic :

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Le premier point concerne l’efficacité et la pertinence de l’enseignement médical en France. Il y a un problème quantitatif évident et il va être grand temps de remettre en cause le numérus clausus mis en place dans les années 70 qui détruit de nombreuses vocations tous les ans. La conséquence directe est donc l’arrivée massive de praticiens étrangers qui s’installent dans les cabinets médicaux, les cliniques et les hôpitaux. Ces derniers repartent hélas souvent au bout de 2 à 3 ans lorsqu’ils sont opérationnels.

De nombreux étudiants français n’hésitent plus à aller faire leurs études médicales dans des pays au système éducatif beaucoup moins sélectif avec une sélection basée sur des stages pratiques (services d’urgence, pompiers, maisons de retraites). Cette sélection semble beaucoup plus performante que celle pratiquée en France qui est une sélection « bête et méchante » basée exclusivement sur les mathématiques et la physique.

Notre système produit de moins en moins de médecins généralistes. La féminisation de la profession n’est pas par ailleurs sans conséquence car les femmes sont plus attirées par les carrières hospitalières ou administratives.

Rappelons-le, l’exercice ô combien prenant de la médecine, et de la médecine générale en particulier, nécessite une véritable vocation.
On peut comprendre les jeunes généralistes qui ne souhaitent plus travailler jours et nuits de façon sacerdotale comme les praticiens d’une époque héroïque. Il faut cependant qu’ils acceptent quelques contraintes directement liées à l’exercice de cette profession. Il convient de trouver un juste milieu !

Lors de notre dernière table ronde organisée par le Sénat, nous avons auditionné le Président de l’Ordre National des Médecins et la Présidente du Syndicat National des Jeunes Médecins Généralistes. Cette dernière ne semblait préoccupée que par des problèmes pécuniaires et d’emploi du temps (un comble). Nous ne pouvons que lui conseiller de persister dans la voie syndicale !

La médecine générale est aujourd’hui une spécialité ; les jeunes qui sortent de cette filière sont formatés pour travailler en équipe, souvent pluridisciplinaires avec des moyens adaptés : télémédecine, formation continue, éducation thérapeutique… Cela va dans le sens de l’amélioration des soins et c’est une chose louable.

Si nous parvenons à équiper l’ensemble de notre territoire de maisons de santé pluridisciplinaires, avec un système de détermination des zones sous dotées et de régulation, nous pourrons véritablement lutter contre le phénomène de désertification et contre la dégradation inéluctable de notre offre de soins.
Ce qui se passe aujourd’hui avec le regroupement des gardes les week-ends et jours fériés vers les centres hospitaliers (circulaires ARS du 28 janvier 2015) n’est pas correct.

En effet, que deviennent les personnes âgées qui se retrouvent à plus de 50 kms du centre hospitalier et sans moyen de transport ?

Aujourd’hui, il est nécessaire de travailler sur de nouvelles propositions:

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l’ouverture du numérus clausus

la révision du mode de sélection des étudiants

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la régulation des installations, sans mesure coercitive, comme pour les autres professions libérales

l’implantation de nombreuses maisons de santé pluridisciplinaires afin d’inciter l’installation de jeunes médecins qui ne veulent pas travailler seuls

Il est grand temps que la profession s’organise avant que le législateur ne prenne les décisions à sa place!